Actualité 2021

ECRITS d’ICI : Maurin des Maures à l’honneur.

Beaucoup suivent dans Nice Matin Var Matin les articles historiques fort documentées d’André Peyregne. Il suit avec une attention amicale nos activités et nous a avisés de la parution d’une nouvelle rubrique intitulée Ecrits d’ici, dans laquelle il raconte l’histoire d’un roman se déroulant dans notre région.

Ce samedi 13 février, pour inaugurer cette rubrique, il a choisi d’évoquer les amours de Maurin et de Tonia. Il donne n résumé et des extraits choisis spécialement pour fêter la Saint Valentin et commencer à commémorer le centenaire de la naissance de l’écrivain.

LORSQU’IL ETAIT ENFANT

Commémorer le centenaire de la mort de Jean Aicard commence par l’évocation de son enfance dont il parle dans ses écrits :

Extrait de L’Ame d’un enfant ( 1898) : Dans la petite classe.

« …J’allais à l’école près de Toulon. L’étude de l’alphabet m’amusait fort peu. Ce que j’aimais par-dessus tout, c’étaient les brins d’herbe, les bêtes qui courraient à travers les hautes tiges, fourmis, capricornes. J’avais les goûts et les rêveries d’un petit berger…

…J’ignore comment et pourquoi je fus, vers l’âge de sept ans, ramené à Paris. Là, j’allais dans une pension, aujourd’hui disparue, qui était installée rue des Saints Pères.

Une jeune demoiselle – quel bonheur – nous faisait la classe. Elle m’apprit les premiers vers que j’aie sus. C’était du Florian.

« Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,

Suivez le fond de la rivière… »

Je m’entends encore réciter avec ma voix de tout petit. Comme elle répondait bien, cette phrase, à mon désir de protection : « Prenez garde, mes fils… »…Oui, Je m’entends encore !…

Mais que la salle de classe était obscure ! Hélas, où étaient maintenant les troupeaux de sauterelles, les rêveries sans fin sous l’ombre bleue et rare d’un olivier ?

Heureusement, on nous conduisait souvent au Luxembourg, où les moineaux jouaient avec nous, semblaient courir après nos balles et mangeaient à nos pieds, les miettes de notre goûter.

Oh ! La voix de Mademoiselle, comme elle sonnait doux, au fond de mon cœur ! J’aimais beaucoup cette école, vraiment maternelle.

Un jour, J’y fus décoré d’une croix d’honneur en argent, en vrai argent… Comme j’étais fier ! Malheureusement, je perdis ma croix ou bien on me la vola. Ces décorations nous étaient

prêtées. Mon père dut en acheter une autre et fut, de cela, si fâché que mon bonheur d’aimer mademoiselle et mon orgueil d’avoir gagné la croix furent gâtés et rabaissés cruellement… On ne pouvait donc pas être un peu heureux ! »

Extrait Les Poèmes de Provence (1874).

Lorsque j’étais enfant, j’ai fait plus d’une fois,

Comme tous mes égaux, l’école buissonnière.

Le maître m’attendait : j’étais dans la rivière,

Ou le long de l’étang, ou dans le petit bois.

Temps perdu ? Non, gagné, car j’apprenais des choses

Que jamais ne me dit le professeur savant,

Quand j’écoutais, furtif, le murmure du vent

Et le frisson léger des bourdons sur les roses.

Du soupir des blés mûrs, de la chanson du nid,

Du bruit de l’eau perlant sur la branche mouillée,

De tous les sens confus qui troublent la feuillée,

J’apprenais l’art divin, le rythme et l’infini…

 

Extrait de L’Ame d’un enfant 1898° : La rose.

« …Un jour de sortie, j’avais apporté une rose de mai, et, pour la garder vivante le plus longtemps possible, j’avais apporté aussi un verre. Je la mis dans l’eau, au fond de mon pupitre. A chaque instant, je la contemplais…J’avais une rose, comme un conspirateur a, chez lui, une bombe. C’était même plus grave car ma rose se trahissait par son parfum. Il s’échappait de mon pupitre et faisait flotter dans toute l’étude une surprenante bouffée de rêve et d’espoir. On voyait sourire de belles dents blanches entre des lèvres rouges. Les meilleurs élèves s’accoudaient, un instant, pour regarder, à travers les barreaux, le bleu lointain du ciel de mai.

Quand j’ouvrais mon pupitre, un fin rayon de soleil venait jusqu’à elle, la baisait, la baignait, l’enveloppait toute. Comme j’avais pitié d’elle, j’ouvrais souvent. Je découvris, au cœur de ma rose, un petit scarabée. Il dormait, confiant, et je me disais que, là-bas, chez grand-père Martel, les rosiers de mai, devant la maison, devaient porter des fleurs aussi belles, plus belles peut-être que celle-ci. Et ma petite âme rêveuse se blottissait, à côté du scarabée d’or vert, au cœur le plus secret de ma rose, sous les rideaux du petit lit féerique aux replis transparents et fins, pénétrés de fraîches lumières… »

Au sujet d’Antonius Aréna

Nous avons eu l’occasion de rencontrer en 2016, Marie Joëlle Louison Lassablière. Cette éminente médiéviste a participé aux manifestations organisées à Solliès-Pont et à Solliès-Ville, sur Antonius Aréna, par l’Eco Musée de la Vallée du Gapeau.

Docteur ès-lettres, spécialiste des ouvrages de pédagogie chorégraphique et des traités moralistes relatifs à la danse du XVIe au XVIIIe siècle, chercheur à l’UMR CNRS , cette historienne ayant pratiqué la danse classique pendant trente-cinq ans, intervient à l`Université de Saint-Etienne comme conférencière sur l`histoire du ballet qu`elle enseigne également en classes préparatoires et au Conservatoire Massenet.

En 2012, Marie-Joëlle Louison Lassablière a effectué un important travail de recherches et traductions sur l’ouvrage d’Antonius Aréna Ad Suos Compagnones .1531, premier manuel de pédagogie chorégraphique.

En cette fin d’année 2020, nous avons accueilli avec plaisir son deuxième ouvrage consacré à la Meygra Entrepriza écrit en vers macaroniques sur la Guerre de Provence en 1536.

Spécialiste d’Antonius Aréna, Marie-Joëlle Louison Lassablière, mieux que personne, offre un texte traduit, annoté et commenté pour cette œuvre « trop souvent décriée par la critique et ignorée des historiens »