Prenez le temps de relire un beau poème…

Chanson des cigales.

 Cigales, mes sœurs,
Qu’importe à nos cœurs
La richesse des granges pleines ?
Pourvu que nos voix
Sonnent par les bois
Quand midi flambe sur les plaines ?

Laissons la fourmi
Se glisser parmi
L’amas gisant des blondes gerbes,
Et les noirs grillons,
Hôtes des sillons,
Sautiller dans l’ombre des herbes.

Heureuses de peu,
Pourvu qu’un ciel bleu
Resplendisse à travers les branches,
Nous, nous comptons sur
La manne d’azur
Dont se nourrissent les pervenches.

Par les froids hivers
Nous n’allons pas vers
Ceux qui n’ont pas la voix ou l’aile ;
Dès qu’a fui l’été,
Nous avons été…
Mais notre gloire est immortelle.

Poèmes de Provence 1874

J’avais mis mon cœur…

J’avais mis mon cœur au cœur d’une rose…

Un charme fatal est dans la beauté ;

Je pleure en chantant : l’amour est en cause.

J’avais mis mon cœur au cœur d’une rose :

Vint un oiseau mouche : il l’a becqueté.

 

J’avais mis mon cœur dans une pervenche…

L’amour a bien ri, le sorcier moqueur !

Noir est le sorcier ; la magie est blanche…

J’avais mis mon cœur dans une pervenche :

Les pleurs d’une nuit ont noyé mon cœur.

 

J’avais mis mon cœur dans un bluet pâle…

L’amour est un rude et malin garçon.

Un dur moissonneur bronzé par le hâle…

J’avais mis mon cœur dans un bluet pâle…

Mon cœur fut fauché comme la moisson.

 

J’avais mis mon cœur dans la fleur des vignes…

L’amour vendangeur, qui chante en dansant,

Le vigneron ivre aux gaîtés malignes,

J’avais mis mon cœur dans la fleur des vignes,

A foulé mon cœur, piétiné mon sang !

 

Je mettrai mon cœur dans ta main si bonne…

Il est blessé, faible et  prompt à souffrir…

Le garderas-tu ? Moi, je te le donne !

Tiens, j’ai mis mon cœur dans ta main si bonne :

Garde le, mignonne : il vient d’y mourir.

 

Le livre d’heures de l’Amour

Jean Aicard