Prenez le temps de relire un beau poème…

Le Courage.

 

Le courage n’est pas seulement au soldat ;
Il n’est pas seulement à l’homme qui se bat.
Pour défendre un pays qui pense et qui travaille,
La vie est elle-même un vrai champ de bataille,
Où chaque travailleur a son courage à lui.
Fuir le travail qu’on doit, c’est encore avoir fui !
Tout le monde partout travaille dans le monde ;
Le pêcheur ne craint pas le vent qui souffle et gronde,
Il lutte avec la mer pour prendre le poisson.
Parfois le soleil tue au temps de la moisson ;
Le carrier meurt rongé de poussières malsaines ;
Le bûcheron parfois tombe du haut des chênes ;
Le maçon, le couvreur, du faîte des maisons ;
Le pauvre balayeur respire des poisons.
Mais il fait son devoir quand même en temps de peste
Le petit mousse grimpe au haut des mâts, plus leste
Qu’un singe, et quelquefois, les deux bras grands ouverts,
Tombe, en criant : « Ma mère ! » au fond des grandes mers.

Et moi, moi qui n’ai pas beaucoup de peine à vivre,
N’ayant qu’à fatiguer mes bons yeux sur mon livre,
Pour apprendre à chérir ceux qui travaillent tant.
Je dirais toujours : « Non ! » je serais mécontent !
La vie est un combat. Je veux remplir ma tâche.
Celui qui fuit le champ du travail est un lâche.

 

Jean Aicard Le Livre des Petits (1886)

 

 

La Devise nationale

Jean Aicard, défenseur de la République, explique aux enfants les trois symboles de notre devise nationale :

Un écolier

Trois petits mots sont écrits

Sur la façade des écoles ;

Maître, expliquez ces trois paroles.

Le maître

Ces trois mots tout petit sont de très grand symboles ;

On vivrait plus heureux s’ils étaient mieux compris,

Ces trois petits mots écrits

Sur la façade des écoles :

 

Liberté

Quand tu restreins mon droit pour étendre le tien.

« Je suis libre ! » dis-tu. Halte-là, citoyen !

Il faut, pour maintenir l’honneur du pays libre,

Que nos deux droits égaux se fassent équilibre.

La liberté, c’est comme une terre au soleil :

Chacun en a sa part, un morceau tout pareil ;

J’ai le mien, qu’à mon gré je bêche et j’ensemence ;

Ta liberté finit où la mienne commence.

Egalité

« Nous sommes tous égaux ! » -Jean Pierre, pas si vite !

Nos droits sont égaux, oui ; mais il faut bien savoir

Qu’on achète son droit en faisant son devoir.

Quant aux hommes, tous inégaux en mérite :

Celui-ci comprend tout ; l’autre ne comprend rien ;

Cet autre fait tout mal ; son ami fait tout bien…

Un écolier d’esprit vaut mieux qu’un imbécile ;

Un fainéant n’est pas l’égal d’homme utile.

Fraternité

Voilà le plus doux mot qu’aient inventé les hommes :

Fraternité. –Tâchons, en frères que nous sommes,

De nous chérir ; sachons nous pardonner nos tords.

Aimons le faible, ami, si nous nous sentons forts,

Et le pauvre, quand nous nous avons de la fortune.

Les hommes, tous pareils devant la mort commune,

Aigrissent leurs malheurs par des haines entre eux

Aimons, même en souffrant, nos frères plus heureux.

 

Chanson des cigales.

 Cigales, mes sœurs,
Qu’importe à nos cœurs
La richesse des granges pleines ?
Pourvu que nos voix
Sonnent par les bois
Quand midi flambe sur les plaines ?

Laissons la fourmi
Se glisser parmi
L’amas gisant des blondes gerbes,
Et les noirs grillons,
Hôtes des sillons,
Sautiller dans l’ombre des herbes.

Heureuses de peu,
Pourvu qu’un ciel bleu
Resplendisse à travers les branches,
Nous, nous comptons sur
La manne d’azur
Dont se nourrissent les pervenches.

Par les froids hivers
Nous n’allons pas vers
Ceux qui n’ont pas la voix ou l’aile ;
Dès qu’a fui l’été,
Nous avons été…
Mais notre gloire est immortelle.

Poèmes de Provence 1874

J’avais mis mon cœur…

J’avais mis mon cœur au cœur d’une rose…

Un charme fatal est dans la beauté ;

Je pleure en chantant : l’amour est en cause.

J’avais mis mon cœur au cœur d’une rose :

Vint un oiseau mouche : il l’a becqueté.

 

J’avais mis mon cœur dans une pervenche…

L’amour a bien ri, le sorcier moqueur !

Noir est le sorcier ; la magie est blanche…

J’avais mis mon cœur dans une pervenche :

Les pleurs d’une nuit ont noyé mon cœur.

 

J’avais mis mon cœur dans un bluet pâle…

L’amour est un rude et malin garçon.

Un dur moissonneur bronzé par le hâle…

J’avais mis mon cœur dans un bluet pâle…

Mon cœur fut fauché comme la moisson.

 

J’avais mis mon cœur dans la fleur des vignes…

L’amour vendangeur, qui chante en dansant,

Le vigneron ivre aux gaîtés malignes,

J’avais mis mon cœur dans la fleur des vignes,

A foulé mon cœur, piétiné mon sang !

 

Je mettrai mon cœur dans ta main si bonne…

Il est blessé, faible et  prompt à souffrir…

Le garderas-tu ? Moi, je te le donne !

Tiens, j’ai mis mon cœur dans ta main si bonne :

Garde le, mignonne : il vient d’y mourir.

 

Le livre d’heures de l’Amour

Jean Aicard